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Guinée : à quand le bout du tunnel ?

La Guinée et son cul-de-sac politique qu’elle traine depuis bientôt dix ans. Le pataquès est tel que même une truie n’y retrouverait ses petits. Même les apprentis-sorciers acteurs du petit microcosme, en viennent à perdre leur latin, tout en restant, dressés fermes, chacun sur ses arçons.

La bouteille à l’ancre ! Et l’écheveau de continuer de plus belle, de manière quasi imparable, quasi inexorable, à la limite indéchiffrable, indémêlable, un patchwork aux exhalaisons miasmatiques. Qui l’aurait cru ? Qui aurait risqué un radis en pariant qu’on en serait, voici bientôt dix ans, à chipoter, à chicaner et vétiller, qu’on en serait à ne parler et gérer que des manifestations de rue, à en dresser la même et funeste comptabilité, à égrener le même et long chapelet de morts, d’atteintes physiques, de coups de canifs dans les droits de l’homme, enfin de destructions toujours plus considérables, honte à ce régime, infichu de mériter la confiance et l’espoir suscités et répandus au sein de la Sainte Canaille, une fois, le pouvoir retiré aux hommes en treillis, pour être confié à un civil. Finalement, à l’épreuve, c’est la désillusion, c’est le désenchantement, c’est le désappointement. Voici bientôt dix ans que le peuple n’entend que la même ritournelle, voici bientôt dix ans que c’est le même débat de caniveau qui lui est servi, voici bientôt dix ans que mon pays vit comme sur un baril de poudre, voici bientôt dix ans qu’il est pris en otage, ce dictateur jadis déguisé en démocrate.

Bientôt dix ans que ce supplice dure, sans rémission. Et comme si cela ne suffisait point, il a décidé d’en remettre une, voire des louches, de nous faire boire le calice jusqu’à la lie, de nous faire tomber de charybde à scylla. Oui, à la fin, c’est de cela qu’il s’agit, exterminer le peuple et brûler le pays, puisqu’il s’est inscrit dans une sorte de final fight où il semble jouer son va-tout et abattre ses dernières cartes, jusqu’au trognon. N’a-t-il pas lui-même déclaré récemment que : « Dans les autres pays où il y a eu de nouvelles Constitutions, il y a eu beaucoup de manifestations, il y a eu des morts, mais ils l’ont fait ». N’a-t-il pas il y a quelques mois invité ses militants à se préparer à « l’affrontement » ? « Afrontement » qu’il a lui-même appelé de tous ses vœux. Il y tient comme aux prunelles de ses yeux et il est prêt à tout pour faire adopter sa « Nouvelle Constitution ». Ce chiffon taillé sur mesure pour assouvir la soif de pouvoir d’un octogénaire dénué de toute sagesse.

L’heure est grave en Guinée, très grave ! La terre de ma Guinée natale se dessèche, les âmes des humains et mêmes des animaux dégoulinantes de peur, d’affolement, le ciel assombri d’un amoncellent de gros nuages annonciateurs d’un branle-le bas de combat, d’un sauve-qui peut. Safourlaye ! Safourlaye mille fois ! Diantre ! Loin de moi de jouer les Cassandres, loin de moi de jouer les prophètes du malheur ! Mais à regarder de près la situation guinéenne, on ne peut que palpiter de frousse, tant les strangulations, tant les convulsions, les commotions politiques et sociétales, ont ébranlé les ressorts et socles mêmes de ce qui est présentée comme une nation. L’heure est grave, grave d’autant que, ça crève les yeux, le pays semble comme assis sur un baril de poudre que la moindre peccadille suffira pour que celui-ci explose.

Turlupiné, me vînt à la tête cette question qui mérite qu’elle soit posée : où est passé le vaillant peuple de Guinée ? Où est-il peuple du « NON » historique à De Gaules ? Où es-tu peuple de 1958, peuple de 1985, peuple martyr de 2006-2007, vaillant peuple de Guinée, toi qui as toujours su redresser la trajectoire de la marche du pays, chaque fois qu’elle a été semée d’aspérités, où es-tu passé ? Aujourd’hui, je ne te reconnais plus, tu as un visage défait, une tronche d’aboulique, balafrée, boursouflée de commissures et de rainures, du fait des divisions et clivages par lesquels, des politicards, sans foi ni loi, guidés par d’obscurs mobiles, ont réussi à transpercer et à mettre en charpie, ce qui a toujours fait le ferment et le ciment de ton endurance à l’adversité, ta cohésion et ton unité, en l’occurrence. Aujourd’hui qu’ils ont réussi à te fragmenter, à te mettre en coupes réglées et calibrées sur leurs intérêts égoïstes et sordides, tu es réduit à quia, points et pieds joints, pris à leur otage, infichu de changer quoi que ce soit à la condition, au destin de damné de la terre qu’on est en train de t’imposer.

Quand comprendras-tu que c’est toi le grand perdant au bout, que c’est toi le dindon de la farce ignominieuse ? Que c’est toi, toi seul qui paye le tribut de la chienlit orchestrée pour t’assassiner ? Quand te réveilleras-tu ? Quand te libéreras-tu des fers, des chaînes de cette division qui les arrange, cette division dont ils puisent leur force du mal ? L’heure du grand sursaut a sonné pour que s’arrête à jamais la comédie qui se joue depuis bientôt dix ans, il est venu pour qu’il soit mis fin à toutes ces escobarderies, à toutes ces pantalonnades, la récréation a trop duré.

A bon entendeur, Salut !

Mamadou Pathe Barry, journaliste et citoyen engagé

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